Mes écrivains
Cinq minutes avec Arnaud Genon
Le 24 janvier 2019 | 0 Commentaire(s) | Mes écrivains, Portraits & entretiens, Tu vivras toujours

Arnaud GenonEnseignant-chercheur, Arnaud Genon travaille depuis plusieurs années sur l’œuvre d’Hervé Guibert et plus généralement sur la littérature de soi, l’autofiction et la littérature contemporaine. Auteur de plusieurs ouvrages et articles universitaires, Tu vivras toujours est son premier écrit destiné à un plus large public, et Mes écrivains vient de paraître, les deux édités aux éditions de la Rémanence.


Arnaud Genon, qui êtes-vous ?

Qui suis-je ? Je crois qu’on écrit pour le savoir et qu’en fait, on ne le sait jamais vraiment. C’est probablement pour cela que j’écris, que je m’écris, pour tenter de répondre à votre question qui est aussi celle que chacun se pose, j’imagine, à un moment de sa vie. S’écrire, ce n’est pas se contempler, s’admirer, ni même s’aimer (comme beaucoup le croient), c’est se chercher alors même que l’on sait la quête illusoire. Alors, n’arrivant pas vraiment à dire qui l’on est, on se définit en fonctions de critères sociaux, professionnels, familiaux… Qui suis-je donc ? Eh bien un père de famille de 43 ans, un époux, un professeur, un chercheur, un lecteur, un critique, un écrivain. J’enseigne les lettres et la philosophie en Allemagne, à l’École Européenne de Karlsruhe, après avoir enseigné au Maroc et en France.


Vous écrivez à propos de votre dernier ouvrage (Mes écrivains) que ce livre constitue un trait d’union entre vos deux pratiques d’écriture (« écrire sur les autres, écrire sur soi »). Comment êtes-vous passé de l’une à l’autre ? Est-ce comme on pourrait le supposer plus « difficile » d’écrire sur soi ?

Adolescent, je le raconte dans Mes écrivains, je tenais un journal, une sorte de carnet dans lequel je consignais des citations, je recopiais des paroles de chansons, j’insérais des notes dans lesquelles je relatais les moments importants de ma vie. Ces écrits sont restés secrets. Puis arrivé à l’Université, j’ai dû me livrer à un autre type d’écriture, plus académique, qui est l’écriture sur : sur les textes que l’on étudie, sur les auteurs que l’on lit. Puis vient le temps des mémoires, puis de la thèse qui devient un livre, qui vous amène à publier des articles, à faire des conférences, à publier d’autres essais… En y pensant, c’est là que j’ai appris à écrire (pour peu que l’écriture s’apprenne), tout au moins, c’est à travers cette écriture-là que s’est façonné mon geste d’écriture. Et puis un jour, un écrivain sur qui j’avais écrit, m’a demandé d’écrire à mon tour un texte qui ne serait pas comme ceux auxquels j’étais habitué. Il dirigeait un numéro de la revue Nejma consacré à Jean Genet et il me demanda d’y participer en écrivant non pas un texte sur Jean Genet mais pour Jean Genet. Je lui avais envoyé une nouvelle intitulée « M’abandonner sera mon offrande ». Cet abandon, ce fut celui de dire je, de parler de moi, de la mort de ma mère alors que j’étais enfant. Cet abandon était en même temps très compliqué et très simple, il fallait laisser les mots venir, accepter qu’ils viennent, oser lever un voile. Il ne fallait plus chercher dans les livres des autres, il fallait soi-même devenir un livre et l’offrir au regard des autres… Cet écrivain, c’est Abdellah Taïa. C’est en grande partie grâce à lui que j’ai commencé à écrire des livres qui ne soient pas des études littéraires, des essais. Il est évidemment un de Mes écrivains. Non pas parce qu’il m’a fait écrire, mais parce que je le considère comme un grand écrivain et cinéaste.


En tant que spécialiste universitaire, pourriez-vous nous expliquer comment vous percevez et appréhendez l’écriture autobiographique (en tant que lecteur, en tant qu’auteur) ?

L’écriture autobiographique est celle qui me touche le plus, celle qui me parle le plus. C’est pour cela que j’ai choisi de l’étudier. J’ai eu la chance, dans mon parcours, de lire des auteurs qui avaient cette faculté de donner l’impression qu’ils vous parlaient à vous qui teniez entre vos mains leurs livres. Hervé Guibert, le premier, m’a fait ressentir cette proximité et ce malaise, cette impression un peu gênante mais – avouons-le – terriblement excitante d’avoir la sensation d’observer derrière une jalousie la vie de l’écrivain qui se raconte devant vous. Mais cette première étape franchie, on devient rapidement comme un ami, le confident de celui qui se livre. Je n’ai jamais rencontré Hervé Guibert, tout au moins, c’est ce que je raconte dans Mes écrivains, je ne l’ai pas connu de son vivant. Et pourtant, j’ai le sentiment d’être son ami (cela ne veut pas dire que nous aurions pu l’être ou que nous le serions s’il était encore vivant), en tout cas, il me semble le connaître comme un ami, peut-être mieux encore. Ce sentiment, je l’ai aujourd’hui avec un autre écrivain dont les écrits me touchent beaucoup. Il s’appelle Laurent Herrou.

J’admire Flaubert, son style, je le tiens pour le plus grand écrivain français. J’ai lu tous ses romans, je connais par cœur certaines phrases de Madame Bovary. J’ai lu sur lui deux épaisses biographies, plusieurs articles universitaires et pourtant, j’ai l’impression de ne pas savoir grand-chose de lui, comme s’il ne m’avait rien donné

À travers ces deux exemples, qui ne sont que deux anecdotes, il y a peut-être toute une « théorie » (ma « théorie », tout au moins) de la littérature autobiographique et de son pouvoir.


Avez-vous d’autres projets ? Seriez-vous tenté de vous essayer à la fiction ?

Je ne me pose pas la question en termes de fiction ou d’autobiographie, je ne pense pas que les deux s’opposent fondamentalement, en plus. On peut être beaucoup plus authentique, beaucoup plus vrai, plus proche de soi dans un roman que dans une autobiographie. En tout cas, je ne souhaite pas écrire de la fiction pour écrire de la fiction, il faut qu’il y ait un enjeu et, à l’heure où j’écris ces lignes, il n’y en a pas, pour moi, à écrire un texte fictionnel.

Des projets oui, j’en ai à ne plus savoir qu’en faire, mais le temps manque. J’ai écrit un livre à la frontière de l’essai et de l’autofiction sur la photographie où je réfléchis à ce que nous disent les images de notre passé. Il s’intitule Les indices de l’oubli et sortira au printemps aux éditions de La Reine blanche. J’ai commencé un livre en juin dernier sur Facebook. J’avais décidé de ne plus consulter ma page pendant plusieurs semaines et de consacrer ce temps perdu à l’écriture d’un livre qui parlerait justement de Facebook, de ce qu’on y fait, de ce qu’on y cherche. C’est une autofiction, en fait, et je vais peut-être m’y remettre. J’ai aussi en tête un livre sur la paternité… De ces projets, de leur réalisation, les Éditions de la Rémanence seront les premières informées.

 

« Mes écrivains – Une histoire très intime de la littérature où pourquoi j’ai commencé à écrire ». Un second livre pour Arnaud Genon !
Le 14 décembre 2018 | 0 Commentaire(s) | Mes écrivains

Nous sommes heureux de vous annoncer la parution le 20 décembre du second livre de Arnaud Genon : « Mes écrivains ».

En nous racontant, sous la forme d’une petite histoire intime de « sa » littérature, comment il a rencontré les écrivains qui l’ont marqué Arnaud Genon nous offre, dans un texte autobiographique sincère et original, une réflexion sur l’incidence et la portée de l’intime dans la réception littéraire.

MESECRIVAINS-couv-UNEEn résumé : J’ai quarante-et-un ans. Ce livre, je le ressens alors qu’il se termine, constitue un trait d’union entre les deux pratiques d’écriture qui sont aujourd’hui les miennes. Écrire sur les autres, écrire sur soi, écrire, tout court. Mes écrivains, ceux que je lis, que j’ai lus, m’ont, malgré eux, mené à moi, à ce je auquel, quoi qu’on en dise, on revient toujours. Ils me font advenir dans ce texte, sinon comme un écrivain, du moins comme un je qui écrit. Qui s’écrit.