Une analyse en profondeur du roman d’Arnaud Genon sur Zone Critique

TUVIVRASTJRS-une (2)Dans son premier roman, Arnaud Genon écrit donc contre le néant et ses incarnations : la mort tragique de la mère, le vide causé par sa disparition, la perte des repères et des souvenirs, la blessure de l’enfance et les spectres de l’oubli. Comme un symbole de cette lutte, l’auteur enferme le récit dans une structure à six chapitres brefs dont les titres renvoient l’image d’une temporalité fuyante et insaisissable. […]

Mais comment écrire le traumatisme de l’enfance ? Comment combler le néant créé par la disparition tragique de la mère ? Dans Tu vivras toujours, Arnaud Genon contourne l’impossibilité du dialogue avec la mort « sourde » en engageant un processus de réappropriation poétique et symbolique du passé. […] [L]a tentative de réappropriation se heurte non seulement aux limites de l’exercice autobiographique mais également au rapport complexe entre le passé raconté et le présent de l’écriture. La solitude de l’enfant, tenu à l’écart du drame ou du moins de ses ultimes détails et vérités, semble se prolonger dans la position de l’écrivain adulte, livré au silence de la feuille blanche et aux ombres intimidantes d’un passé fragmenté et insaisissable. Arnaud Genon le reconnaît : « L’absence a un poids que l’on mesure souvent trop tard ». En somme, on se raconte toujours après coup, dans la distance inépuisable de la séparation. […]

« Je ne sais pas si la mémoire me sauve en ne me restituant que le minimum vital ou si elle me blesse en me volant mon passé », s’interroge Arnaud Genon dans les dernières pages de son roman. Que faire devant ce qui ressemble à une impasse narrative ? […] Il faut écrire pour dépasser le silence des photos et l’opacité des souvenirs, pour perpétuer la symbolique de la création dans cette vie qui « reprend toujours ses droits ». A défaut de modifier le cours de l’histoire, l’écrivain réarrange et s’arrange avec les pièces du puzzle. « On ne se résigne jamais à la mort des autres, de ceux que l’on aime. C’est pour cela que l’on s’invente des vies après la vie, pour les sauver de la mort. Pour qu’elle n’ait pas le dernier mot ». Peu importe de savoir si cette tentative autobiographique est concluante car l’enjeu de l’écriture est ailleurs. Le texte est par définition un souffle rémanent qui se suffit à lui-même.

Extraits de « Si la mère ne meurt : tentative autobiographique », chronique de Tu vivras toujours parue sur le site Zone Critique
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