Le portail est ouvert, le chemin reste à suivre. On n’en finit jamais, je crois, de briser des chaînes et de s’émanciper.
Le portail vert est le premier roman de Peggy Pigeon. On y rencontre Betty qui face à certains blocages et angoisse ressent à la quarantaine le besoin de se replonger dans son enfance. Petit à petit, par bribes, les souvenirs s’enchaînent et composent finement la trame d’une enfance tiraillée que la narratrice devra accepter pour retrouver son identité et son équilibre.
Inspiré du vécu de l’auteure, ce premier roman sincère et lucide parlera à tous ceux qui se questionnent, quelle qu’est été leur enfance.
Peggy, qui êtes-vous ? Pouvez-vous vous présenter ?
Vaste question !
En quelques mots, je suis avocate en droit de la famille et des mineurs, j’ai deux enfants et je vis à Lyon.
Je me passionne pour la lecture et l’écriture depuis que je suis enfant. J’anime une chronique littéraire à Radio Pluriel tous les deux mois. La danse, le cinéma et les expos photos comptent également parmi mes passions.
J’ai la chance d’habiter en presqu’île et à seulement 2h de Paris, ce qui me permet d’aller facilement voir des expos et des spectacles. J’ai besoin de cette nourriture artistique et culturelle.
J’apprécie également de pouvoir me ressourcer à la campagne. De mes 7 à mes 10 ans, j’ai vécu dans un petit village de Haute-Loire chez mes grands-parents. J’ai toujours fait des aller-retours entre la ville et la campagne. Quand je suis à la ville, il arrive un moment où la campagne me manque et inversement.
Comment êtes-vous venue vers l’écriture ?
J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. J’ai d’abord écrit dans mes journaux intimes, puis dans mes notes de téléphone. Enfin sur un ordinateur, dans mon métier d’avocate et pour mon premier roman.
Dans un projet d’écriture, il y a un important travail de relecture, de mise en forme et d’élagage. Mais la pulsion initiale est la même. Mon désir d’écrire procède toujours d’une nécessité.
Trouvez-vous qu’écrire est difficile ?
Ecrire est un besoin, une nécessité. En ce sens, ce n’est pas difficile et c’est souvent enthousiasmant. Ce qui est exigeant, c’est la relecture. Il faut polir le texte, supprimer ce qui est inutile. Dans cette phase, il peut y avoir des questionnements, des doutes, et parfois du découragement. Mais la recherche du mot exact, de la vérité de l’émotion, a aussi quelque chose d’exaltant. Et lorsqu’à la relecture, un paragraphe sonne juste, c’est un immense plaisir.
Quelles sont vos références littéraires, ou les livres qui vous ont le plus marquée ?
Mon auteur préféré est Stefan Zweig. C’est un véritable orfèvre de la langue, il n’a pas son pareil pour explorer et décrire les passions humaines. Parmi les écrivains contemporains, j’aime beaucoup : Camille Laurens, Emmanuel Carrère, Delphine De Vigan, Annie Ernaux, Nicolas Mathieu, Sarah Chiche, Nina Bouraoui, Laurence Tardieu…. et d’autres. Quand j’ai un coup de coeur pour un auteur, je lis tous ses textes.
J’ai aussi des périodes consacrées à des thèmes. Je lis tout ce qui me tombe sous la main sur un sujet précis : la passion amoureuse, la rupture amicale, l’emprise, la mort… En général, je ne lis pas pour m’évader mais pour comprendre le réel.
Le portail vert, votre premier livre, est-il un récit ou un roman ? Peut-on parler d’autofiction ?
Je me suis largement inspirée de mon histoire pour écrire ce texte. J’ai relu mes journaux intimes, j’ai choisi d’appeler ma narratrice Betty et de lui donner le même métier que le mien pour mettre l’accent sur le caractère autobiographique.
Mais il y a également des éléments de fiction.En outre, la restitution du souvenir est une construction. Le travail de mise en forme de l’écrivain est aussi une reconstitution : on choisit de dire ou de passer sous silence, on dit dans un certain ordre, on fait des ellipses.
Ce livre n’est donc ni un récit ni une autobiographie. Je l’ai qualifié de roman. Le terme autofiction convient également. Je préfère parler d’écriture de soi. On part de soi pour exprimer des vérités universelles.
L’enfance et les relations familiales sont au cœur de votre histoire, que pensez-vous de leur influence sur l’identité et le chemin de vie des personnes ? Souhaitiez-vous transmettre un message ou explorer ces questions ?
Ce sont, en effet, des thèmes que je souhaitais explorer dans ce roman : quelles traces l’enfance laisse-t-elle en nous ? Qu’est-ce que nos parents et nos grand-parents nous transmettent, et parfois malgré eux ? Comment façonner son identité au milieu de parents très différents et de deux familles aux modes de vie opposés ? Quelle part tiennent le transgénérationnel et les secrets de famille dans notre construction ? Est ce qu’il existe en nous un invariant, une sorte de noyau présent depuis l’enfance, qui nous définirait ? Toutes ces questions traversent le roman.
Votre personnage, Betty, se libère-t-elle finalement de son passé ?
Oui, Betty se libère de son passé, en grande partie grâce à la psychanalyse et l’écriture. Elle accède à une forme d’émancipation. Mais cette libération n’est pas terminée. Le portail est ouvert, le chemin reste à suivre. On n’en finit jamais, je crois, de briser des chaînes et de s’émanciper.
Avez-vous envisagé la suite, ou un autre projet d’écriture ?
Je ne sais pas s’il y aura une suite à l’histoire de Betty. C’est possible car le lecteur est un peu laissé sur sa faim. Il reste des éléments en suspens et des mystères non élucidés. C’est ce qui permet aussi au lecteur de trouver sa place et d’imaginer.
En tout cas, actuellement, je ne travaille pas sur la suite du Portail vert. Je viens tout juste de débuter un projet qui devrait être très différent avec davantage d’intrigue et de romanesque. Mais je n’en dis pas plus pour l’instant !
LE PORTAIL VERT – PEGGY PIGEON
À l’aube de ses quarante ans, Betty décide de se replonger dans son enfance. Elle ouvre ses carnets intimes, interroge ses proches et échange avec son ami psychanalyste. En affrontant les non-dits et les fantômes du passé, elle recompose peu à peu sa vie d’adulte. Le portail vert de la maison de sa grand-mère, lieu de séparation et de passage, devient le symbole d’une libération : celle d’une femme qui retrouve sa voix.
Travail de mémoire et voyage sensoriel au cœur de l’enfance, ce roman, conçu sous forme d’enquête, explore avec finesse l’emprise psychologique, l’identité et les transmissions, des thèmes qui trouvent écho en chacun de nous.

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